Journal du Grand Paris, 31 mars 2017 https://www.lejournaldugrandparis.fr

 

Présidentielle : quel destin pour la métropole du Grand Paris ?


Les six principaux candidats à l’élection présidentielle s’étaient jusqu’alors peu exprimés sur le sujet du Grand Paris. A l’occasion d’un débat au Salon des maires d’Ile-de-France, organisé le 30 mars par le Forum métropolitain du Grand Paris et l’Amif, ils ont − par l’intermédiaire de leurs représentants − pu présenter leur vision de l’évolution de l’espace métropolitain.

Très attendus sur leur vision de l’espace métropolitain, les représentants des candidats ont été accueillis par Stéphane Beaudet, président de l’Amif, Jean-François-Vigier, président du Forum métropolitain, ainsi que Patrick Ollier, président de la métropole du Grand Paris. D’une seule et même voix, le trio a demandé de ne pas faire table rase de la métropolisation encore en cours, tout en plaidant pour son « évolution positive ». Vœu exaucé, partiellement contredit ou tout à fait piétiné : tour d’horizon des différents discours.

Emmanuel Macron

« La loi NOTRe existe et il faut la faire appliquer », soutient Jean-Jacques Bridey, député-maire (PS) de Fresnes. Le représentant d’Emmanuel Macron dépeint ainsi une métropole du Grand Paris « utile aux Franciliens et aux Français ». Du côté d’En marche !, on souhaite toutefois revoir le périmètre de la MGP et l’étendre à celui de la zone dense pour, notamment, intégrer Roissy et Evry. Mais l’affaire n’est pas qu’une question législative pour le mouvement, on voit d’abord la métropole comme un territoire de projets. Le maire de Fresnes rappelle par ailleurs que la MGP est essentiellement une intercommunalité, dont la légitimité démocratique provient de l’échelon communal. Dernier point et non des moindres : Emmanuel Macron souhaite supprimer les départements dans le périmètre métropolitain et répartir leurs compétences entre la Région et les établissements publics territoriaux. Jean-Jacques Bridey a également réaffirmé la volonté de convoquer une grande conférence des territoires qui serait le cadre de réflexion sur les fusions entre les collectivités, la répartition des compétences et la gestion des aides sociales. Concernant ce dernier point, on promet déjà un arrêt de la baisse des dotations − contrepartie d’un « effort de gestion » − ainsi qu’une recentralisation du versement du revenu de solidarité active.

Les représentants des candidats à la présidentielle lors du débat animé par Jacques Paquier, rédacteur en chef du Journal du Grand Paris.

Les représentants des candidats à la présidentielle lors du débat animé par Jacques Paquier, rédacteur en chef du Journal du Grand Paris. © JGP

Jean-Luc Mélenchon

« Le programme de la France insoumise ne prévoit pas de changement à la marge », prévient François Cocq, adjoint au maire de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) et représentant de Jean-Luc Mélenchon. Le ton est donné : on fera table rase du passé par une nouvelle constitution pour replacer le citoyen au cœur de la fabrique institutionnelle. « Il faut mettre un coup d’arrêt à ce couple Région-métropole qui vampirise le reste du territoire et des collectivités », lance ainsi l’adjoint au maire de Champigny-sur-Marne et conseiller territorial de Paris-Est Marne et Bois. Cela suppose donc de supprimer les lois NOTRe et Maptam. Exit donc, la métropole du Grand Paris qui crée des « territoires de relégation », et met les territoires en concurrence. Afin de corriger les inégalités territoriales, François Cocq rappelle le souhait de donner le jour à une loi de justice territoriale dont les contours ne sont pas précisés. Pour la France insoumise, il est impensable de remettre en cause le département, maillon essentiel de la correction des inégalités qui pourrait également devenir aménageur. Afin de décharger les budgets de ces derniers, Jean-Luc Mélenchon souhaite, lui aussi, que l’Etat reprenne en charge le versement du RSA. La commune est, elle aussi, à l’honneur et le représentant de Jean-Luc Mélenchon promet la fin de la baisse des dotations.

Marine le Pen

Le Front national, par la voix de Wallerand de Saint-Just, conseiller régional d’Ile-de-France, souhaite une « clarification institutionnelle ». Et ne fait pas dans la dentelle. Marine le Pen propose ainsi de supprimer les régions, comme les métropoles. Etat, département, commune, telle est la trinité institutionnelle en laquelle croit le Front national. Et si l’on veut supprimer les établissements publics de coopération intercommunale, la liberté serait toutefois laissée aux maires de s’associer en syndicats. Le parti d’extrême droite se distingue aussi par sa volonté d’enterrer le projet de Grand Paris express qui incarnerait « toutes les dérives du capitalisme de connivence » et dont l’utilité ne serait pas avérée. On promet cependant une amélioration des transports en Ile-de-France prise en charge par l’Etat.

Nicolas Dupont-Aignan

Pour Jean-Pierre Enjalbert, maire de Saint-Prix représentant Nicolas Dupont-Aignan, « nous sommes dans une structure qui est une feuille de route inspirée de l’Union européenne ». Les métropoles sont ainsi vues comme le symbole d’une perte de souveraineté et ne sont donc pas les bienvenues. Elles sont jugées coûteuses et malfaisantes pour les villes moyennes. Nicolas Dupont-Aignan souhaite, lui aussi, faire reposer le paysage institutionnel français sur le trépied Etat, département, commune. Suppression des métropoles mais aussi des régions pour être remplacées par une conférence placée sous l’autorité du préfet.

François Fillon

On ne s’attendait pas à ce que les élus locaux en prennent pour leur grade au Salon des maires d’Ile-de-France. C’est pourtant chose faite avec l’intervention de Hugues Portelli, sénateur-maire (LR) d’Ermont, représentant François Fillon : « depuis 12 ans, nous votons des lois [de réformes territoriales] inertes parce que les élus locaux ont pourri le travail législatif », a-t-il ainsi lancé. Selon lui, rien ne fonctionne et la nécessité d’une pause législative est impérieuse pour « arrêter le massacre ». Dans le camp Fillon, on ne fait donc plus officiellement mention de la suppression de la métropole du Grand Paris. Hugues Portelli s’est par ailleurs vivement attaqué à la volonté d’Emmanuel Macron de supprimer partiellement la taxe d’habitation. Le programme des Républicains prévoit cependant toujours une baisse des dotations de l’Etat aux collectivités locales. Pause législative pour les grands mouvements donc, mais peaufinage en ce qui concerne la péréquation notamment.

Benoît Hamon

« Benoît Hamon est convaincu du fait métropolitain, c’est une réalité évidente dans la vie de nos concitoyens », fait valoir Stéphane Troussel. Le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis ne souhaite pas se ranger parmi ceux qui verraient en l’Ile-de-France une région en déclin. Selon lui, l’attractivité est bien réelle. Une attractivité souhaitable tant que le seul moteur pour la renforcer est la volonté d’une réduction des inégalités « qui minent le développement ». Un certain optimisme, donc, que l’on retrouve sur le plan institutionnel. Les lois Maptam et NOTRe ne sont qu’une étape, on prône des améliorations mais les supprimer serait une erreur. Un cap, là aussi, est à tenir : éviter les grandes structures hors sol par rapport aux citoyens. « On ne va pas passer un nouveau quinquennat à créer des bouleversements institutionnels », fait valoir Stéphane Troussel. Mais l’on clarifie les mécanismes financiers, on stoppe la baisse des dotations, et l’on garantit concrètement l’autonomie fiscale des collectivités locales. Au niveau de l’Etat, on se dote d’une stratégie des services publics et de l’aménagement du territoire. L’élu séquano-dyonisien le répète : « Benoît Hamon est un candidat décentralisateur ». Au-delà du cadre institutionnel, Stéphane Troussel rappelle que le Grand Paris s’illustre concrètement par les grands projets qui lui confèrent une unité : on parle là des Jeux olympiques de 2024, de l’Exposition universelle de 2025, d’Inventons la métropole comme du Grand Paris express. On se réjouit des belles performances dans la construction de logements mais l’on appelle à poursuivre les efforts dans l’application de la loi SRU et l’on réclame l’élargissement à la métropole de l’encadrement des loyers.

Grégoire Mérot